27 août: " Le festin"
Atterrissage vers 4h30 en grande douceur, freinage féroce et enfin
le Tupolev s'immobilise au grand soulagement d'Anne, terrorisée par
l'idée d'être une autre statistique de l'aviation civile de l'année.
A la sortie de la douane sous un rideau de pluie, attend un grand camion benne
dans lequel est chargé l'ensemble des tandems, et 2 petit bus Mercedes
conduits par le cousin d'Elvira et son ami nous conduisent sur une grande
route droite jusqu'à Bichkek puis sur une plus petite dans un état
lamentable jusqu'à la ferme. (Il était prévu que nous
assemblions les vélos à l’aéroport et que nous
arrivions donc par nos propres moyens à la ferme. Mais nous étions
trop hébétés par la fatigue et le décalage horaire
pour prendre pleinement conscience du degré d’adaptabilité
et de flexibilité de nos accompagnateurs qui ont réussi à
modifier in extremis la logistique en fonction de cette météo
inattendue.) En chemin, nous suivons de près le camion et souffrons
silencieusement à la vue de nos tandems rudement secoués à
chaque nid de poule que les chauffeurs n'arrivent pas toujours à éviter
malgré leurs efforts. En effet, ils conduisent de gauche à droite
de la route empruntant régulièrement le bas côté
qui est souvent en meilleur état que le macadam. Nous imaginons également
le ramollissement progressif des cartons qui sont exposés à
la pluie continue. Ils risquent d’être inutilisables pour le voyage
de retour.
Arrivée à la ferme, nous sommes invités à nous asseoir à l'abri sur une petite estrade couverte de tapis multicolores. Ceux qui ont froid s'enroulent sous les couvertures que la famille d'Elvira nous propose. Les beignets sont préparés dehors dans de l'huile de pépins de coton dans une énorme wok chauffée par un feu de bois. Quand nous nous mettons à table nous sommes tous ébahis par la somptuosité des préparatifs. Des beignets à perte de vue, des fruits, un lait sucré condensé qui ferait pâlir de honte Nestlé, un miel d’un goût exquis, des confitures maisons comme celles que faisait Mamie... Les tables sont au raz du sol, juste assez haut pour y glisser les jambes à condition de ne pas les plier. En tête des tables agencées en U, siège la vieille tante (73 ans) habillée dans le costume de fête. Nous sommes tous émus de voir à quel point notre accueil a été préparé avec soin et faste. (Nous apprendrons petit à petit que toute cette famille si chaleureuse a de longues mois préparé notre arrivée avec notamment la construction d’une douche, une deuxième latrine, un éclairage pour ces dernières et à la toute dernière minute a réussi à trouver un abri (à la station de radio) pour que la cour ne soit pas exposée aux intempéries !
Tout de suite après, débarquement des tandems et presque tous
les équipages s’activent pour remettre leurs machines en état
de rouler. Les cyclistes couchés décident d'abord de faire la
sieste pour essayer d'avoir l'esprit un peu plus clair et ainsi éviter
de les remonter à l'envers (même si le résultat semble
trompeur pour certains badauds qui pensent justement que ces drôles
de machines sont le fruit d’une erreur d’assemblage).
Après ce petit
déjeuner ultra copieux qui s'est terminé à 11h30, à
table pour le souper à 15h00. Pause de 3 heures entre l'entrée
et le plat principal constitué d’un mouton vivant sacrifié
dans la matinée en notre honneur. Pendant cet intermède, juste
avant le repos récupérateur, nous avons admiré l'équipe
de montage de la yourte, une construction d'une grande
complexité malgré la rusticité des matériaux employés.
Votre rédacteur dévoué a eu l'honneur d'installer la
"poutre" n° 42, remarquable parmi toutes les autres par son
nœud marin.
La cérémonie du repas s'accompagne chaque fois de passages de
bols vides dans un sens puis pleins de thé dans l'autre, le plus souvent
servis en tête de la table par les soeurs d'Elvira. Une verse l'eau
chaude du samovar pendant que l'autre ajoute du thé concentré.
Le résultat est tel que même les caféphiles les plus endurcis
se sont progressivement convertis.
Après quelques difficultés à se laver en toute quiétude
(Anne a vu passer trois hommes quand elle était en plein travail mais
ce petit désagrément a été aussitôt corrigé
par l’ajout d’un rideau sur la cabine de douche), tous au lit:
quelques tentes plantées dans les champs, d'autres posées sous
l'auvent avec comme tapis de sol de superbes tapis kirghizes, une demi-douzaine
dans la yourte, et le restant dans les chambres également sur les tapis
kirghizes.
| Chargement
tandems |
Arrivés
à la ferme |
La tante
en tête |
Le festin |
Les sanitaires |
Vue à
l'intérieur |
On rempli
du dehors |
et on
vide de dedans |
Mouton
sacrifiel* |
Préparation
des beignets* |
Dans la
yourt* |
Nous remercions Elena pour les photos marquées d'un * sur cette page comme sur les suivantes.