5 sept: "Combien de km pour trouver un camping?"


Le soleil se lève de l'autre côté d'un lac presque lisse et avec une vue de l’eau bleu émeraude à travers la porte d'entrée de notre yourte hi-tech. Comme d'habitude, nous nous levons de bonne heure mais réussissons à être les tous derniers partis. Devant nous, 80 km de plat ondulant sous un soleil qui rapidement devient de plus en plus agressif. Ainsi sur le plat et les descentes, nos 20 km/h et plus nous apportent une fraîcheur salvatrice mais dès que notre vitesse chute dans les montées, la pénibilité de l'effort est doublée par la dureté des rayons solaires. La joie de rouler entre montages à droite et le lac à gauche s'ajoute au plaisir des sourires, "hellos", et signes de mains toujours amicaux et chaleureux de ce peuple si accueillant.

Nous visons 40 km ou midi pour commencer à chercher un bon endroit pour la pause déjeuner. Quelques km plus tard, nous apercevons un grand drapeau suisse perché sur le tandem d'Isabelle et Patrick, lui même maintenu droit par deux cordes tenues au sol par de gros cailloux. Au bord de la plage sous le seul arbre en vue, nous voyons aussi Marie-Annick et Gérard. Après avoir mangé, seul Patrick et moi osons prendre un bain tant il est difficile de naviguer entre d'énormes galets recouverts d'algues glissants. Je reste dans l'eau à environs 20° jusqu'à avoir bien froid en espérant que la fraîcheur interne durera un certain temps. Pour bonne mesure, je trempe également ma chemise dans l'eau à peine salée. Mais ces techniques de rafraîchissement ne me donne pas le soulagement escompté et c'est difficilement que j'égrène la deuxième moitié du parcours. Même un Coca Cola (la boisson la plus aventureuse qui soit si on peut en juger par son implantation dans les coins les plus reculés) quelques km plus loin ne me donne pas le coup de pouce qu'il m'avait apporté avant hier. C’est donc plus avec la volonté qu'avec les quadriceps (en ce qui me concerne car l’appuie d’Anne ne faiblit pas) que nous atteignons un grand village à 10 km de notre but. Pendant qu'Anne fait ses courses au Bazar accompagnée par la bienveillance de Sadir, j'assiste au conciliabule concernant notre destination finale. En apprenant qu'il est envisagé de continuer encore 25 km, je jette l'éponge et invite notre tandem à tenir compagnie au vélo solo d'Elena sur la remorque derrière la camionnette. Peu après m'être installé dans le minibus, je suis sorti de ma léthargie par l'appel de Marie-Annick me demandant de rejoindre Tabaldi dans son Audi en reconnaissance. Me voilà entre l’écorce et l’arbre à trouver un compromis entre les propositions de Tabaldi qui fait de son mieux pour nous trouver un coin propice à notre repos, et les exigences du groupe qui sont réticents à l'idée d'être obligés de faire plus de km que prévus. Tabaldi met son compteur à zéro et nous voilà partis. 1 km plus loin,sa voiture semble atteinte par la même maladie que moi! Le moteur habituellement impressionnant par son vrombissement sportif tombe soudainement muet et nous nous arrêtons au bord de la route. Tabaldi me montre la jauge d'essence qui est très correctement dans le rouge mais me fait comprendre que ce n'est un problème de soif. A quatre reprises, il ouvre le capot, trifouille des fils et des tuyaux et se remet derrière le volant pour une nouvelle tentative de réanimation. Miracle, au cinquième essai, le moteur toussote et redémarre. L'accélaration est très hésitante et secouée mais nous avançons de nouveau. Je vois à droite et gauche multitude de champs qui feraient le bonheur des tandémistes fatigués et surtout ceux en queue de peloton (dont Dominique et Françoise qui auront parcouru plus de 110 km en fin de journée) mais Tabaldi refuse car les propriétés sont "personnelles". Elvira nous explique plus tard que nous dévions éviter de demander permission aux propriétaires pour ne pas ameuter tout le village et se trouver envahis par les autochtones curieux. 13 km plus loin, nous trouvons un site idéal: à côté d’une petite rivière, une grande pelouse bien tondue par les chevaux qui ont eu la délicatesse de faire leurs besoins ailleurs. Une liaison téléphonique avec Marie-Annick (Tabaldi a téléphoné à Nourousbek et chacun a passé son téléphone aux deux tandémistes que nous sommes) aboutit à un accord et voilà tout le groupe en route vers l'arrêt du jour à 1840 mètres d'altitude. Je propose au groupe un lynchage immédiat, la souffrance étant moindre compte tenu de mon état moribond mais personne ne semble m'en vouloir. Etre arrivés à bon port et n'avoir plus que 10 km à parcourir le lendemain a sans doute atténué leur amertume.


 
Des pecheurs!
 
L'arbre solitaire

 

 

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