9 sept: "La nature se déchaîne"
Pour ceux qui avaient du
mal à se réveiller, Marie-Annick a réglé leur
problème avec un cri strident. Une souris s'est échappée
de son sac au moment où elle cherchait ses affaires. "Mais non,
il n'y a rien" dit Gérard, avis révisé dans les
instants suivants en découvrant une deuxième dans le même
sac.
Vent dans le dos et terrain plat nous donne des ailes. Mon "hépatite"
est définitivement derrière. Quelques gouttes de pluie et un
ciel menaçant un peu avant midi nous encourage à chercher un
abri. Nous profitons donc immédiatement de l'arrêt de bus quelques
dizaines de mètres devant nous. La menace se transforme en orage et
notre pause déjeuner durera une heure en attendant le retour du soleil.
A l'exception du jour de notre arrivée, c'est le premier jour nuageux.
Dans notre abribus, nous sommes vite rejoints par une jeune fille et un nouveau
né ainsi que deux jeunes femmes avec qui Anne discute de son mieux
avec ses rudiments de russe et l'aide du dictionnaire. Les femmes sont pris
en "stop" par une petite voiture et sont vite remplacées
par un Kirghiz décoré du chapeau traditionnel et désinfecté
de la boisson non moins traditionnelle. J'ai envie de lui demander de baisser
le volume de sa conversation qu'il entretien avec l'aide du dictionnaire qu'il
ne peut lire qu'à l'aide des lunettes d'Anne. Au fur et à mesure
que l'échange se prolonge, il devient de plus en plus familier touchant
d'abord sa main puis mettant son bras autour de ses épaules. Heureusement
que la pluie s'arrête et qu'on puisse de nouveau se mettre en route
car je préfère ne pas savoir jusqu’où cette intimité
croissante pourrait aboutir.
Pendant notre petite pause, Nourousbek s'est arrêté à
deux reprises pour nous proposer nos vêtements de pluie si nous ne les
avions pas puis des vêtements chauds si nous en avions besoin. On ne
peut pas se plaindre d'être laissés à l'abandon! Seulement
20 km plus loin, Eric, le fils de Tabaldi, agite la bannière de l'ACT
à un endroit où la route se rapprochait le plus de la plage.
Un km à travers champs et le jardin du fermier (avec la permission
de celui-ci obtenu grâce aux négociations de Tabaldi) nous mène
au site de camping le plus idyllique qui soit: une pelouse de Wimbledon soigneusement
entretenue par les moutons kirghizes et le bleu azur du lac en arrière
plan. C'est à 2h30 aujourd'hui qu'on s'installe dans nos quartiers
de luxe pour profiter d'un long après-midi de détente. Pendant
que les uns dressent les tentes, les autres se lavent dans le lac. Puis, soudainement,
tout le monde se réfugie dans leurs maisons de toile. Un orage s'abat
sur nous avec sons, lumières, et trombes. Petit éclairci puis
un autre, cette fois-ci accompagné de grêlons de la taille de
noyaux de cerises. (Heureusement que nous avons fini de pédaler.) Le
spectacle qui a suivi a été kalachnikové par tous ceux
qui n'avait pas encore épuisé leurs cartes mémoires ou
les piles de leurs appareils numériques: un arc un ciel sur les montagnes
éclairés par la lumière rasante du soleil couchant.
Coucher de bonne heure pour tout le monde bien que d'après les lueurs
qui transpercent le tissus des tentes, certains ont du continuer la soirée
en lisant quelque temps. Peu après, la nature se déchaîne
de nouveau. Nous apercevons des éclairs rouges à travers le
double toit de notre tente qui est de cette couleur. Aussitôt, le robinet
des nuages s'ouvre en grand et continue à couler de longues heures
me faisant craindre une journée mouillée demain si la nature
ne montre pas un peu de misericorde. Nous avons aussi une pensée pour
les pauvres compagnons atteints de turista. Comment feront-ils dans l’obscurité
face à ces intempéries?