Prologue




C'est sur un lit d'hôpital que notre aventure commence! Anne venait de se faire "égaliser" le ménisque gauche (celui qui lui avait tant fait souffrir en Islande) et le chirurgien à la question "Pourrais-je faire du vélo?" avait répondu "Il n'y a pas meilleure rééducation." Le seul obstacle restant était une place dans le groupe en partance pour la Kirghizie quelques 6 mois plus tard.


Ca faisait longtemps que nous entendions des bribes de bruits de couloir au sein du tandem club de France concernant un périple en Asie centrale mais toutes les places étaient réservées depuis longtemps. Puis Dominique nous apprend qu'il a réussi à s'inscrire grâce à un désistement. Nous avons donc tenté notre chance et quelques jours après le retour d'Anne à la maison, notre excitation atteint les sommets en recevant un message groupé de Christian énumérant la liste des participants. Nous y sommes! (Nous apprendrons plus tard que nous devons remercier la fille de Rémy qui a eu la bonne idée de se marier le lendemain du jour de départ au grand dam de son père chez qui ce projet à pris naissance autour d’une choppe de bière.)


N'osant pas trop y croire, j'avais déjà commencé à voyager sur Internet (d'abord pour savoir où se trouvait ce pays "inconnu"). Mais maintenant, nous pouvions y aller à fond et l'enthousiasme d'Anne en voyant les photos et descriptions de ce pays exotique était à l'égal du mien. Même le trombinoscope gentiment envoyé par Christian ressemblant à l'équipe cycliste masculine et féminine de la prison de Fresnes n'a pas atténué notre ardeur. Hélas, notre joie n'a duré que quelques semaines, brutalement stoppée par des manifestations à Bischkek le 24 mars qui ont fait fuir leur président Askar Akaev dans les bras de Poutine et nos projets dans ceux des oubliettes. Malgré mes réassurances qu'il n'y avait pas eu de morts, que les nouvelles de la famille d'Elvira étaient tout sauf alarmantes, que la tension se calmerait après les élections, Anne ne voulait plus entendre parler de tout ce qui commençait avec un "Kir..." (à l'exception de l'apéro bien sûr). Une nouvelle petite manifestation le 17 juin (sans gravité) et les soulèvements en Ouzbékistan le 17 mai avec ses 6 ou 700 morts l'ont confirmée dans sa sagesse et moi dans mon désespoir. Les consignes du ministre des affaires étrangères français donnent raison de plus à Anne dans son refus ("En raison de cette situation encore tendue et imprévisible, il est déconseillé de se rendre au Kirghizistan sauf raison professionnelle impérative. ") Puis avec les positions bien moins effrayantes du ministère étranger Norvégien (il a fallu que je fasses quelques recherches pour trouver un pays favorable à ma cause) et les élections du 10 juillet qui se déroulent dans les meilleurs conditions, (Le favori, Kurmanbek Bakiyev, a eu la bonne idée de promettre le poste de premier ministre à son rival le plus sérieux s'il retirait sa candidature et a ainsi remporté la victoire avec 89% des voies.) Anne revient sur sa décision irrévocable, accepte de lire le "Lonely Planet", petit cadeau que j'ai failli prendre en pleine figure, et notre aventure redémarre.


Nous avons maintes fois constaté que les vacances les plus mémorables étaient celles où nous étions obligés d'affronter obstacles et angoisses. Celles-ci prennent le bon chemin d'emblée! Les angoisses de la violence des hordes sauvages de mongols en partie dissipées, celles d’une préparation suffisante prennent leur place. Deux choix s'offrent à nous: un camp d'entraînement en Afghanistan organisé par l’Al-Qaeda sur le maniement du kalachnikov ou une semaine à Allègre (en Haute Loire) à l'occasion du rassemblement annuel des cyclistes couchés. Anne n'ayant à peine touché aux pédales depuis deux ans et pas du tout depuis son intervention en février, une condition physique minimum s'impose. Son genou a été tout de suite mis à rude épreuve, les parcours étant plats comme l'intérieur d'une boite à œufs. Mais une journée de 75 km et 1300 m de dénivelé la rassure sur ses capacités à escalader la montée entre Bichkek et le lac Issy Kul. Tout de suite après notre retour, nous pouvons imaginer encore mieux notre périple avec l'événement de Google Earth que nous découvrons avec émerveillement fin juillet. (Une fois ce logiciel téléchargé et installé sur votre ordinateur PC - la version Mac est pour plus tard - vous pouvez zoomer directement sur ce petit pays en cliquant ici ! Les villages, les champs de culture, les montagnes environnants, et les vues en 3D nous permettent de voir le relief et lire l'altitude de la route que nous allons suivre. WOW! Il ne reste plus maintenant qu'à bien préparer nos bagages et protéger notre vélo pour son voyage en soute. Ci-dessous, ce que cette merveille de la technologie Internet permet de visualiser pour ceux dont l'ordinateur n'est pas suffisamment puissant pour profiter du dernier cri en leçons de géographie:

 

L'image Google Earth de la région de notre périple
(Cliquer sur ce lien pour accéder à la vision "Google Earth" de la Kirghizie)

 

 

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